"Petit Piment" d'Alain Mabanckou, Seuil, 2015, 274 pages

Quatrième de couverture : "Jeune orphelin de Pointe-Noire, Petit Piment effectue sa scolarité dans une institution placée sous l'autorité abusive et corrompue de Dieudonné Ngoulmoumako. Arrive bientôt la révolution socialiste, les cartes sont redistribuées. L'aventure commence. Elle le conduira notamment chez maman Fiat 500 et ses dix filles, et la vie semble enfin lui sourire dans la gaité quotidienne de cette maison pas si close que ça, où il rend toutes sortes de services. Jusqu'à ce que ce bonheur s'écroule. Petit Piment finit par perdre la tête, mais pas le nord : il sait qu'il a une vengeance à prendre contre celui qui a brisé son destin. Dans ce roman envoûté et envoûtant, l'auteur renoue avec le territoire de l'enfance, et sait parfaitement allier la naïveté et la lucidité pour nous faire épouser le point de vue de ses personnages."

Mon avis : Moïse vit dans l'orphelinat de Loango. C'est papa Moupelo, prêtre de l'institution, qui l'a baptisé, en lui donnant un patronyme d'une longueur telle que personne ne le retient. Pour tous, il est Moïse. Sa vie à l'orphelinat est rythmée par les visites de papa Moupelo qui sont une bouffée d'oxygène dans son quotidien. Il faut dire que le directeur n'est pas un tendre et qu'il peut compter sur les yeux des ses neveux chargés de la surveillance des enfants pour savoir tout ce qui se passe. Le monde de Moïse vacille lorsque papa Moupelo est remercié et que son local est transformé en local du mouvement national des pionniers de la révolution socialiste du Congo, du jour au lendemain.

Aussi, dès que l'opportunité se présente, entraîné par les jumeaux Songi-Songi et Tala-Tala, Moïse, maintenant surnommé Petit Piment suite à un fait d'arme, s'échappe de l'orphelinat. Il laisse derrière lui son meilleur ami, Bonnaventure, qui ne souhaite pas le suivre par peur de l'inconnu. En quittant le lieu de son enfance, Petit Piment vient grossir les rangs des jeunes qui errent sur les plages de Pointe-Noire. Très vite, l'autorité abusive des jumeaux le pousse à prendre son indépendance.

Il fait alors une rencontre déterminante : maman Fiat 500. Cette mère macrelle le prend sous son aile. Petit Piment va connaître des moments de bonheur dans la maison close qu'elle gère jusqu'à ce que l'opération "Pointe-Noire sans putes zaïroises" soit lancée par la municipalité. Une fois encore, son monde s'écroule, et il se retrouve seul. Il sombre alors dans la folie et, ni la médecine traditionnelle, ni la médecine occidentale ne sont à même de le soigner. Il est hanté par un désir de vengeance qui va, d'une certaine façon, le ramener à son point de départ.

C'est un roman sur l'enfance. J'ai d'ailleurs trouvé que la première partie (quasiment la moitié du livre) qui se déroule à l'orphelinat est la plus réussie et la mieux rendue. Le lecteur découvre un univers difficile avec des adultes aux antipodes de la bienveillance mais où l'humour et une certaine insouciance enfantine trouvent néanmoins leur place.

C'est aussi un roman sur l'abandon. La vie de Petit Piment est en effet jalonnée de nombreuses ruptures : abandon initial, départ de papa Moupelo, disparition de maman fiat 500, pour les principales. Ces abandons l'enferment dans la solitude et le font sombrer dans la démence.

C'est enfin un roman qui s'inscrit dans une vision cyclique et non linéaire de la vie. Quels que soient les chemins de vie empruntés par le personnage principal, il finit par se retrouver à son point de départ.

C'est un roman agréable à lire, facile d'accès. Toutefois, pour ma part, je l'ai trouvé assez inégal. Autant j'ai apprécié la première moitié qui se déroule à l'orphelinat, autant la deuxième moitié et surtout la partie relative à la démence du personnage m'a moins emballée.

Ma note : 7/10

Je remercie Price Minister et les Editions Seuil de m'avoir envoyé ce livre dans le cadre des matchs de la rentrée littéraire 2015. #MRL15