ancienregime« L'ancien régime » de François Bégaudeau, incipit, 2016, 108 pages

La collection incipit « propose à de grands écrivains de redonner vie à une première fois historique et d'en faire un objet littéraire personnel ».

Dans « L'ancien régime », François Bégaudeau fait revivre l'entrée de la 1ère femme à l'Académie Française, Marguerite Yourcenar.

Je dois reconnaître que je ne savais pas trop à quoi m'attendre en recevant ce livre dans le cadre de l'opération masse critique organisée par Babélio. L'Académie française n'est pas une institution à laquelle je sois attachée et du coup, quelle bonne surprise que ce livre. Je l'ai lu d'une traite (il n'est pas très épais donc 2 heures sont suffisantes).J'ai beaucoup ri tant l'auteur se moque de cette institution rétrograde qui a pendant longtemps boudé la gente féminine.

François Bégaudeau s'attache à retracer un historique de l'Académie. Et on peut dire qu'il a le sens de la formulation. L'idée de présenter une candidature féminine ne date pas du XXème siècle, ainsi, « en 1760, il vint à cet agitateur [Jean Le Rond d'Alembert] la foucade de promouvoir la candidature d'une certaine Julie de Lespinasse, illustre inconnue dont le prénom laissait présager une dommageable incapacité à uriner debout. » S'ouvrir aux femmes, mais pour quoi faire ? « Attendu que tout ce qui existe possède un caractère de nécessité, ce qui n'existe pas n'en possède pas. Si le sexe faible n'était pas à l'Académie, c'est qu'il n'y était pas nécessaire, la cuisine y étant déjà correcte et les nappes assez propres. »

Finalement, une femme finira bien par intégrer cette institution mais il faudra attendre le 6 mars 1980. François Bégaudeau montre qu'historiquement, le moment était venu de s'ouvrir aux femmes et finalement, « les seules réserves quant à l'opportunité de cette candidature provenaient de la première intéressée, qui disons-le peinait à s'intéresser, son attention se portant en général plus volontiers sur la vie. ». Ainsi lorsqu'elle apprend sa nomination par téléphone, elle « reprit le combiné pour demander s'ils étaient contents de sa victoire, s'ils n'avaient plus besoin d'elle, si elle pouvait retourner à son livre, s'ils avaient beau temps à Paris, ici c'était maussade mais doux. » Bref, tous ces débats sur l'entrée ou non d'une femme a l'académie intéressa uniquement les immortels eux-mêmes tant la population dans sa globalité se moquait de cette question. Cette révolution n'en était finalement pas une et le fonctionnement de l'académie ne se trouva pas modifié par cette « ouverture », et « d'année en année s'imposa l'évidence apaisante qu'à l'Institut, l'extraction supérieure estompait la différence des sexes ». Quant aux principales concernées, les femmes, il apparaît que dans les années 2010, « la plupart des écrivaines sollicitées pour combler le vide laissé par un nonagénaire firent savoir qu'elles n'étaient pas intéressées, sans le revendiquer ni s'en excuser, sur le ton poli mais ferme avec lequel on écourte l'appel d'un télétravailleur marocain sous-payé par Orange. » Finalement, l'académie Française s'est ouverte aux femmes sans leur demander leur avis, comme si elles devaient se montrer flattées de cette décision.

Ce roman est un petit bijou qui m'a fait glousser à de nombreuses reprises. Si vous recherchez une lecture intelligente, rapide et drôle, ce livre est fait pour vous !

Ma note : 9/10

Merci à babélio et à la collection Incipit pour cette découverte !