élans brisés2"Les élans brisés" de Seydi Sow, Les nouvelles éditions africaines du Sénégal, 2003, 586 pages.

Nafissatou et El Hadji ont quatre filles. Khadidja, l'aînée, comble toutes leurs attentes tant elle réunit tous les aspects de la jeune femme parfaite. Diarètou jalouse son aînée qui absorbe toute la fierté et tout l'amour parental. Aby est plus effacée, elle se laisse entraîner dans la méchanceté et les mauvais coups contre ses deux soeurs par Diarètou. Enfin, la benjamine, Nabou, est pleine d'insouciance. Cette dernière est très proche de Khadidja. Les quatre soeurs forment deux clans qui se disputent la reconnaissance parentale. Mais à ce jeu là, Khadidja et Nabou sont les grandes gagnantes. Élevées dans un milieu aisé, leurs parents les gâtent et leur donnent une éducation faite de liberté et d'indépendance, en rupture avec la tradition. Ils ont décidé de leur faire confiance, persuadés qu'elles ne tomberont pas dans les pièges que la vie tend bien souvent.

Mais ce modèle d'éducation vole en éclats le jour où Khadidja annonce qu'elle est enceinte et qu'elle ne sait pas qui peut bien être le père de cet enfant à venir... Cette annonce déclenche un véritable cataclysme dans la famille. Tout d'abord, la difficulté d'accepter que le scandale arrive par la fille préférée, celle dont on n'a jamais douté du bon comportement et de la droiture. Nafissatou et El Hadji sont horrifiés et ne reconnaissent plus cette enfant qu'ils ont tellement aimée. Ils se renvoient la responsabilité de cette grossesse avant d'en rejeter l'entière faute sur Khadidja. Cette dernière change de statut du jour au lendemain. Elle devient une ombre dans la maison familiale. Elle n'a plus droit à la parole. Pour ses parents, elle n'existe plus. Enfermée dans sa chambre, elle doit gérer l'indifférence et le rejet et les attaques et les moqueries incessantes de Diarètou et Aby. Seule Nabou sait rester un soutien et lui conserve toute sa tendresse.

P1060183

Ce livre dépeint bien le fonctionnement de la société sénégalaise. La difficulté de concilier les traditions avec ce qui paraît être la modernité. L'importance aussi du groupe et de la famille face aux agissements d'un seul individu qui le ou la compose. Ainsi, en fautant, Khadidja entraîne toute sa famille dans sa chute. Les parents sont dans l'incapacité de gérer cet événement et font des choix hâtifs et extrêmes. Ce roman décrit très bien la déchéance de Khadidja et les difficiles positionnements de ses parents.

J'ai beaucoup aimé le style de Seydi Sow, qui utilise une écriture fluide, toute en légèreté malgré la gravité du sujet. Je conseille fortement cette lecture qui est une très belle découverte !

Ma note : 8,5/10