chutes"Les Chutes" de Joyce Carol Oates, Editions Philippe Rey, 2004 (2005 pour la traduction française), 505 pages, 22,80 €.

Quatrième de couverture : Veuve au matin d'une nuit de noces hallucinante, lorsque son époux, un jeune pasteur, se suicide en se jetant dans les chutes du Niagara, Ariah Litrell se considère désormais comme vouée au malheur. Pourtant, au cours de sa semaine de veille au bord de l'abîme, en attendant qu'on retrouve le corps de son mari d'un jour, la Veuve blanche des chutes (ainsi que la presse l'a surnommée avant d'en faire une légende) attire l'attention de Dirk Burnaby, un brillant avocat au coeur tendre, fasciné par cette jeune femme étrange.

Une passion improbable et néanmoins absolue lie très vite ce couple qui va connaître dix ans d'un bonheur total avant que la malédiction des Chutes s'abatte de nouveau sur la famille.
Désamour, trahison, meurtre? C'est aux enfants Burnaby qu'il reviendra de découvrir les secrets de la tragédie qui a détruit la vie de leurs parents. Une quête qui les obligera à affronter non seulement leur histoire personnelle mais aussi un sombre épisode du passé de l'Amérique : les ravages infligés à toute une région par l'expansion industrielle gigantesque des années 50 et 60, expansion nourrie par la cupidité et la corruption des pouvoirs en place.
Un roman aussi beau et tumultueux que ces chutes au charme maléfique.

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Mon avis : Lorsque Ariah devient veuve le lendemain de son mariage après que son jeune époux se soit jeté dans les chutes du Niagara, elle devient, pour la presse, la "veuve blanche". Elle attire vite la curiosité de Dirk Burnaby, un riche avocat en vue de la localité. Il tombe très vite amoureux d'elle et la persuade de l'épouser. C'est un couple heureux qui va vivre 10 ans de bonheur. Mais Ariah, persuadée d'être damnée, est sûre, au fond d'elle-même, que son mari va finir par la quitter. Elle en reste convaincue même après la naissance de leur trois enfants. C'est lorsque que Dirk va accepter de défendre une affaire perdue d'avance que le vent va vraiment tourner pour cette famille.

J'ai beaucoup aimé cette histoire qui m'a permis de découvrir cet écrivain dont j'entends parler régulièrement sur la blogosphère. C'est un roman qui évoque beaucoup de choses et qui est très dense. Le personnage central, Ariah, est une femme énigmatique qui cache sa sensibilité derrière beaucoup de froideur et de sarcasme. C'est une femme qui garde sa prestance et sa fierté en toute circonstance. Elle va élever ses enfants dans un non dit qui va les perturber, chacun à sa manière, à la sortie de l'adolescence, au moment de se lancer dans la vie.

Les chutes du Niagara constituent un élément important du bouquin. Tantôt synonyme d'évasion et de rêve, tantôt synonyme de mort et de disparition.

Au-delà de l'histoire de cette famille, l'auteur évoque les méfaits de l'industrialisation tout azimut dans les années 50. Cette industrialisation qui va enrichir des hommes sans scrupules en causant la mort et en provoquant des maladies de centaines de personnes résidant dans des quartiers populaires situés à la lisière des usines et de leurs rejets toxiques. C'est pour défendre ces petites gens et au nom de son intégrité que Dirk Burnaby va causer sa perte.

Cette lecture est l'un de mes premiers coup de coeur de l'année!

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